« Pendant les élections, on nous avait promis autre chose. » À Koumassi Campement, cette phrase résonne comme un cri du cœur et de détresse. Quelques semaines après les vagues de déguerpissements qui ont secoué ce quartier populaire d’Abidjan, les habitants se réveillent avec un goût amer. Entre les décombres de leurs anciennes vies, l’incompréhension a laissé place à une profonde colère. Les promesses de campagne semblent aujourd’hui bien lointaines pour des milliers de familles qui se disent laissées à leur propre sort.
Pendant les élections, on nous avait promis autre chose…On se sent abandonné
Des promesses électorales aux bulldozers…
Pour de nombreux riverains, le choc est autant psychologique que matériel. En période électorale, les discours officiels prônaient le dialogue, l’accompagnement et la modernisation inclusive. Aujourd’hui, les résidents dénoncent un double discours et une rupture brutale de la confiance avec les autorités locales et nationales.
On a voté avec l’espoir d’un avenir meilleur, pas pour voir nos maisons détruites à l’aube sans solution de relogement concrète », confie un père de famille, le regard tourné vers un tas de briques qui servait autrefois de salon.

Le sentiment d’abandon est général. Les habitants fustigent des engagements non tenus et une absence totale de mesures sociales pour amortir l’impact de ces destructions massives.

Un sentiment d’injustice et des droits bafoués
Au-delà de la perte matérielle, c’est la méthode qui suscite l’indignation. Plusieurs collectifs de riverains et d’impactés estiment que leurs droits fondamentaux n’ont pas été respectés. Ils pointent du doigt :
Des délais de préavis jugés trop courts ou inexistants.
Un sentiment d'injustice et des droits bafoués
Une absence de recensement préalable transparent pour identifier les véritables propriétaires et locataires.
L’inexistence de compensations financières ou de sites de recasement viables avant le passage des machines.

Pour ces populations, souvent issues des classes les plus vulnérables, ce déguerpissement s’apparente à une injustice sociale majeure. L’accès à l’éducation pour les enfants interrompu en cours d’année, la perte des commerces de proximité et l’explosion de la précarité sont autant de conséquences directes de cette opération.
Quel avenir pour les déguerpis ?
Aujourd’hui, Koumassi Campement offre le visage d’un quartier meurtri. Si les autorités justifient régulièrement ces opérations par des impératifs d’assainissement, de sécurité et de lutte contre le désordre urbain, le coût humain, lui, reste lourd. Les sinistrés interpellent désormais directement le gouvernement pour obtenir réparation et un relogement digne. La question reste entière : le développement d’Abidjan doit-il se faire au détriment de ses habitants les plus fragiles ?


















