
Abidjan, Koumassi – C’est un véritable drame humain et un imbroglio juridique qui secouent la commune de Koumassi. Le 3 juin 2026, les bulldozers ont transformé en un tas de gravats le quartier populaire et habité de Koumassi « Campement » (Nord-Est). Menée en pleine saison des pluies, cette démolition fulgurante a plongé des centaines de familles dans une « crise humanitaire » immédiate. Si la mairie s’est empressée de dégager sa responsabilité, le flou total entourant le titre exécutoire de l’opérateur privé Alloui Brou Jacques met aujourd’hui la municipalité et les autorités judiciaires sous une pression maximale, la justice à Koumassi
Résumé en 3 points clés:
Une crise humanitaire immédiate : Des centaines de familles ont vu leurs habitations rasées par des bulldozers en pleine saison des pluies, sans aucune mesure de relogement.
Un arrêté judiciaire fantôme : L'opérateur Alloui Brou Jacques justifie la démolition par une décision de justice, mais aucun jugement récent n'apparaît dans les bases de données judiciaires ivoiriennes.
Un passif de lourdes défaites : L'historique de l'opérateur sur cette parcelle de 24 328 m² montre qu'il a perdu plusieurs procédures cruciales en Cour d'appel et au Conseil d'État depuis 2017.

Le fantôme d’un arrêté introuvable.
Au cœur de cette opération controversée se trouve l’opérateur privé Alloui Brou Jacques. Ce dernier revendique les droits sur cette parcelle stratégique de 24 328 m² face au Ministère Évangélique Grâce et Merveilles. Pour justifier la destruction des habitations, l’entourage de l’opérateur invoque une décision de justice rendue en sa faveur.
Pourtant, selon les recherches minutieuses menées par Enquête Media dans les bases de données judiciaires ivoiriennes, aucun jugement récent n’a été rendu public. Le tribunal d’origine, le numéro de l’ordonnance et sa date d’émission restent, pour l’heure, un secret bien gardé par les exécutants de la démolition. La mairie de Koumassi a publié un communiqué le jour même pour se dédouaner, affirmant n’être que le « témoin » d’une « procédure strictement judiciaire », sans pour autant pouvoir nommer ladite décision.
La série de revers judiciaires d’Alloui Brou Jacques.
Ce manque de transparence intrigue d’autant plus les milieux juridiques abidjanais que l’historique judiciaire de M. Brou sur cette même parcelle est jalonné de lourdes défaites :
- Mars 2017 : La Cour d’appel d’Abidjan (arrêt civil n°61) ordonne son propre déguerpissement de la zone.
- Juillet 2022 : Le Conseil d’État (arrêt n°267) rejette sa demande de suspension des procédures à son encontre.
- Décembre 2024 : Le Conseil d’État (arrêt n°573) déclare son recours en annulation irrecevable pour un retard de procédure supérieur à sept ans.
La question demeure sur toutes les lèvres : sur quelle base légale repose donc cette nouvelle démolition ?
L’argument sécuritaire mis à mal.
Pour accélérer ce type de libération d’emprises foncières, le ministère de l’Hydraulique, de l’Assainissement et de la Salubrité utilise généralement l’argument des « zones inondables à péril imminent » à l’approche du pic de la saison des pluies. Or, le « Campement » de Koumassi ne fait l’objet d’aucune classification publique de ce type. De plus, aucune expertise technique de péril n’avait été notifiée aux habitants avant l’arrivée des engins de chantier.
En l’absence de mesures d’accompagnement ou de relogement temporaire des populations, la célérité de cette opération suscite de vives tensions au sein du district autonome d’Abidjan. Pire encore, les tonnes de gravats laissées sur place bloquent désormais les canaux de drainage, accentuant les risques d’inondation pour le reste de la zone. La municipalité, dirigée par le parti présidentiel (RHDP), se retrouve désormais sommée par les organisations de la société civile de produire l’ordre d’exécution ayant motivé l’usage de la force publique. Qui protège réellement Alloui Brou Jacques ?
Pour Info Côte d’Ivoire, le suivi de ce dossier sensible reste une priorité absolue.


