L’Éthiopie et l’Érythrée ont saisi le Conseil de sécurité des Nations unies après une nouvelle escalade dans la région du Tigré.
Les tensions entre l’Éthiopie et l’Érythrée ont franchi une nouvelle étape avec la saisine du Conseil de sécurité des Nations unies par les deux pays. Addis-Abeba affirme prendre des mesures de légitime défense, tandis qu’Asmara accuse son voisin de préparer une guerre.
Cette confrontation diplomatique intervient alors que les combats ont repris dans la région éthiopienne du Tigré. Les forces alliées au gouvernement fédéral ont repris plusieurs villes après une offensive du Front de libération du peuple du Tigré.
L’ONU redoute désormais une extension régionale du conflit. Le secrétaire général António Guterres appelle les différentes parties à cesser les hostilités et à reprendre le dialogue.
Tensions entre l’Éthiopie et l’Érythrée : Addis-Abeba saisit l’ONU
Le ministre éthiopien des Affaires étrangères, Gedion Timothewos, a adressé une lettre au Conseil de sécurité.
Dans ce courrier, l’Éthiopie invoque l’article 51 de la Charte des Nations unies. Cet article reconnaît le droit à la légitime défense en cas d’agression armée.
Addis-Abeba accuse l’Érythrée d’avoir envoyé des unités d’infanterie et des véhicules militaires sur le territoire éthiopien.
Le gouvernement éthiopien affirme également que des forces érythréennes occupent certaines zones du nord du pays. Toutefois, la lettre ne précise pas clairement les localités concernées.
Aucun élément permettant de vérifier indépendamment l’ensemble de ces accusations n’a été rendu public.
Les autorités éthiopiennes accusent aussi Asmara de soutenir et d’armer des groupes insurgés. L’Érythrée rejette ces affirmations.
L’Érythrée dénonce une « déclaration de guerre »
L’Érythrée a répondu dans une lettre signée par son ministre des Affaires étrangères, Osman Saleh.
Asmara demande au Conseil de sécurité de condamner ce qu’elle qualifie de « déclaration de guerre » de la part de l’Éthiopie.
Le gouvernement érythréen réclame également des mesures de dissuasion. Il souhaite empêcher une éventuelle attaque éthiopienne contre son territoire.
Cependant, la réponse érythréenne ne confirme ni ne dément clairement la présence de ses soldats dans le Tigré.
Les autorités d’Asmara accusent plutôt l’Éthiopie de chercher à obtenir par la force un accès souverain à la mer Rouge.
Cette question maritime occupe une place croissante dans les tensions entre l’Éthiopie et l’Érythrée.
L’accès à la mer Rouge au cœur du différend
L’Éthiopie est devenue un pays enclavé après l’indépendance de l’Érythrée en 1993.
Depuis cette date, Addis-Abeba dépend principalement du port de Djibouti pour son commerce maritime. Cette situation représente un coût économique et stratégique important.
Le Premier ministre Abiy Ahmed affirme régulièrement que son pays doit obtenir un accès durable à la mer Rouge.
Il privilégie officiellement la négociation et les accords régionaux. Néanmoins, certaines déclarations de responsables éthiopiens ont provoqué l’inquiétude en Érythrée.
Asmara considère toute revendication sur ses ports comme une menace contre sa souveraineté.
Le port d’Assab est particulièrement évoqué dans les débats. Il appartenait autrefois au territoire administré par l’Éthiopie avant l’indépendance érythréenne.
L’Érythrée rappelle que son indépendance a été reconnue à la suite d’un référendum supervisé internationalement. Elle refuse donc toute remise en question de ses frontières.
Des relations diplomatiques désormais rompues
Les relations entre les deux pays se sont rapidement détériorées.
L’Éthiopie a expulsé dix diplomates érythréens. Elle a également ordonné la fermeture de l’ambassade d’Érythrée à Addis-Abeba.
L’Érythrée a ensuite annoncé la rupture de ses relations diplomatiques avec son voisin. Le ministère érythréen de l’Information a dénoncé des actes hostiles.
La disparition des canaux diplomatiques directs augmente les risques de mauvaise interprétation. Elle rend également plus difficile toute tentative de désescalade rapide.
Les échanges entre les deux gouvernements pourraient désormais passer par l’Union africaine, l’ONU ou d’autres médiateurs.
Cette rupture montre la profondeur actuelle des tensions entre l’Éthiopie et l’Érythrée.
Les combats reprennent dans la région du Tigré
Cette crise bilatérale intervient dans un contexte de reprise des affrontements dans le Tigré.
Le Front de libération du peuple du Tigré a lancé une offensive en septembre. Ses forces ont brièvement pris le contrôle de Mekele, la capitale régionale, et de son aéroport.
Les combattants du TPLF ont annoncé leur retrait le 3 octobre. Des forces alliées au gouvernement fédéral sont ensuite entrées dans la ville.
Dimanche 11 octobre, Ethiopian Airlines a repris ses vols vers Mekele. Il s’agissait des premières liaisons depuis la prise de l’aéroport par les rebelles le 23 septembre.
Les forces favorables au gouvernement affirment également avoir repris plusieurs autres localités, dont Adigrat et Idaga Hamus.
Ces informations restent parfois difficiles à vérifier. Les communications sont perturbées et l’accès des journalistes demeure limité.
Tensions entre l’Éthiopie et l’Érythrée : des mouvements de troupes contestés
Des habitants, des responsables militaires locaux et l’organisation ACLED ont fait état de mouvements de soldats érythréens dans le Tigré.
Selon ces sources, des troupes seraient entrées par la zone de Zalambessa avant de progresser vers Adigrat.
Des drones éthiopiens auraient ensuite visé des unités érythréennes. L’Associated Press précise ne pas avoir pu vérifier indépendamment ces informations.
L’Érythrée n’a pas reconnu la présence de ses soldats. L’Éthiopie n’a pas davantage détaillé publiquement les opérations de légitime défense évoquées devant l’ONU.
Dans ce contexte, il reste nécessaire d’attribuer clairement chaque accusation à sa source.
Une information imprécise pourrait alimenter davantage les tensions dans une région déjà marquée par une forte propagande de guerre.
D’anciens alliés devenus adversaires
L’Éthiopie et l’Érythrée étaient alliées pendant la guerre du Tigré entre 2020 et 2022.
Les soldats érythréens avaient combattu aux côtés de l’armée éthiopienne contre le TPLF.
Cette alliance reposait notamment sur l’hostilité historique entre l’Érythrée et le mouvement tigréen.
Cependant, les relations entre Addis-Abeba et Asmara se sont progressivement dégradées après l’accord de paix signé en 2022.
Les ambitions maritimes de l’Éthiopie ont renforcé la méfiance du gouvernement érythréen.
Les deux pays avaient pourtant normalisé leurs relations en 2018. Ce rapprochement avait contribué à l’attribution du prix Nobel de la paix à Abiy Ahmed en 2019.
La crise actuelle menace désormais de détruire les acquis de cette réconciliation.
Le traumatisme de la guerre de 2020-2022
Une nouvelle guerre aurait des conséquences particulièrement graves pour les populations.
Le précédent conflit dans le Tigré a provoqué environ 500 000 morts civils, selon des chercheurs de l’université de Gand.
Les victimes sont mortes pendant les combats, mais aussi de famine et du manque de soins médicaux.
Toutes les parties ont été accusées d’exactions. Les témoignages font état de massacres, de violences sexuelles, de pillages et de déplacements forcés.
Le Tigré n’a pas encore achevé sa reconstruction. De nombreux habitants dépendent toujours de l’aide humanitaire.
De nouveaux affrontements pourraient donc provoquer une catastrophe humanitaire majeure.
Les Nations unies ont également signalé le pillage d’entrepôts humanitaires et de locaux appartenant à des organisations non gouvernementales.
António Guterres appelle à un cessez-le-feu
Le secrétaire général de l’ONU appelle toutes les parties à arrêter les combats et à reprendre le dialogue.
António Guterres estime que la reprise de la guerre pourrait déstabiliser l’ensemble de la Corne de l’Afrique.
L’Éthiopie et l’Érythrée sont voisines du Soudan, de Djibouti et de la Somalie. Tous ces pays connaissent déjà des difficultés sécuritaires ou humanitaires.
Une guerre entre Addis-Abeba et Asmara pourrait provoquer de nouveaux déplacements de populations. Elle pourrait également perturber les routes commerciales régionales.
Le Conseil de sécurité devra examiner les accusations présentées par les deux États. Toutefois, aucune décision contraignante n’avait encore été annoncée.
L’Union africaine pourrait également proposer une médiation. Son siège se trouve à Addis-Abeba, ce qui lui donne un rôle particulier dans cette crise.
Tensions entre l’Éthiopie et l’Érythrée : le risque régional
Une confrontation ouverte pourrait impliquer plusieurs groupes armés et forces régionales.
Le TPLF a récemment rejoint une alliance composée de six autres mouvements d’opposition. Cette coalition souhaite affaiblir ou renverser le gouvernement d’Abiy Ahmed.
De son côté, le pouvoir fédéral s’appuie sur l’armée et plusieurs groupes alliés pour reprendre le contrôle du Tigré.
L’entrée éventuelle de l’Érythrée transformerait un conflit intérieur en guerre interétatique.
Les conséquences toucheraient aussi les ports, les frontières et les voies commerciales de la mer Rouge.
Cette région possède une importance stratégique mondiale. Une partie importante du commerce international transite par la mer Rouge et le détroit de Bab-el-Mandeb.
La priorité donnée à la protection des civils
Les habitants du Tigré signalent déjà des pénuries de nourriture et de médicaments.
Les banques ont été fermées dans plusieurs villes. L’électricité, les télécommunications et les services financiers ne fonctionnent que partiellement.
La reprise de certains vols vers Mekele pourrait faciliter l’acheminement de l’aide. Cependant, cette amélioration restera fragile tant que les combats continueront.
Les organisations humanitaires demandent un accès sûr aux populations. Elles souhaitent également que les routes et les infrastructures civiles soient protégées.
Les tensions entre l’Éthiopie et l’Érythrée doivent donc être traitées rapidement par la diplomatie.
Une escalade militaire risquerait d’aggraver les crises déjà observées dans la région. Retrouvez également notre article consacré à la frappe de drone au Soudan ayant tué 41 personnes déplacées.
Info Côte d’Ivoire continuera de suivre les démarches de l’ONU et l’évolution de la situation dans la Corne de l’Afrique.


