Coeurtiss le Griot
La solidarité à Port-Bouët s’organise par la voix de la culture. Face au drame humanitaire provoqué par les récentes vagues de démolitions de quartiers précaires, le milieu artistique ivoirien refuse de rester spectateur. L’artiste slameur Guiéguy Amian Guy Marc, connu sous le pseudonyme de Coeurtiss le Griot, vient d’apporter une pierre angulaire à la chaîne de soutien aux sans-abris. En finançant directement le retour de dizaines de sinistrés vers leurs régions d’origine, l’homme de lettres prouve que la poésie urbaine peut se muer en un puissant vecteur d’action sociale sur le terrain.
L’opération « Le Cri des Déguerpis » au cœur de l’urgence
Un prise en charge logistique intégrale pour le retour
Le cœur de cette action de solidarité à Port-Bouët s’est matérialisé à travers le projet solidaire baptisé « Le Cri des Déguerpis », qui s’est déployé du 17 au 19 juin 2026. L’objectif principal était de désengorger les centres d’hébergement temporaires saturés. Grâce à une enveloppe dédiée au paiement des tickets de transport et au transport des bagages, 19 personnes ont pu quitter la capitale économique pour s’installer à Duékoué, tandis que trois autres ont pris la direction de Gagnoa, retrouvant ainsi un cadre familial plus stable.
Résumé : L’art au service des déguerpis d’Abidjan
Le slameur Coeurtiss le Griot a initié une action humanitaire concrète pour soutenir les familles touchées par les démolitions. Synthèse des faits :
- Aide au retour : Prise en charge des frais de transport pour 22 sinistrés vers Duékoué et Gagnoa.
- Profils prioritaires : Le convoi incluait treize enfants et nourrissons, ainsi qu’une femme enceinte.
- Urgence humanitaire : Plus de 2 000 personnes vivent actuellement dans la précarité au Groupe scolaire Vridi Canal.
- Appel aux dons : L’artiste demande une intensification de l’aide sur les sites de Caritas et de la cité du Port.
Un public particulièrement vulnérable mis à l’abri
Le profil des bénéficiaires de cette aide financière met en lumière la précarité extrême de la situation. Le contingent de voyageurs comprenait une majorité d’individus fragiles : dix enfants en bas âge (de 4 à 12 ans), trois nourrissons n’ayant pas encore atteint leur premier anniversaire, huit femmes – dont une dont la grossesse est arrivée à terme – ainsi qu’une grand-mère. Cette évacuation humanitaire a bénéficié de l’appui technique de la municipalité locale, qui a mobilisé un engin lourd pour transférer les effets personnels des familles depuis les salles de classe jusqu’aux quais d’embarquement des compagnies de transport.
Le constat alarmant des centres d’accueil temporaires
Plus de 2 000 personnes entassées à Vridi Canal
Au-delà de l’aide financière immédiate, le slameur a tenu à endosser son rôle de lanceur d’alerte. Lors de ses visites régulières sur les sites de transit, notamment au sein du Groupe scolaire Vridi Canal, l’artiste s’est dit profondément bouleversé par la promiscuité et la détresse sanitaire des populations. Plus de deux mille âmes s’y entassent dans des conditions d’hygiène précaires, mêlant des mères allaitantes, des personnes du troisième âge et des malades privés de leurs traitements habituels.
Un appel pressant à l’extension de la solidarité à Port-Bouët
Face à l’ampleur de la crise, Coeurtiss le Griot estime que les efforts actuels restent insuffisants. Il exhorte la société civile, les organisations non gouvernementales et les opérateurs économiques à orienter d’urgence des vivres et des produits de première nécessité vers les autres points de regroupement de la commune, comme le terrain géré par l’association Caritas ou la zone de la cité du Port de Canal. Pour le slameur, la communauté nationale doit faire bloc pour éviter une épidémie ou une détresse psychologique irréversible chez les enfants.
Plaidoyer pour une réinsertion durable par les autorités
Au-delà de l’urgence, rebâtir des vies
Le message porté par cette campagne de solidarité à Port-Bouët s’adresse également aux décideurs institutionnels. Si l’aide d’urgence permet de parer au plus pressé, elle ne saurait remplacer une politique structurelle de relocalisation. L’artiste demande instamment au gouvernement de formaliser des mesures d’accompagnement financier et foncier pour permettre à ces milliers de déplacés internes de rebâtir un foyer décent et de scolariser à nouveau leurs enfants à la prochaine rentrée académique.
Un message de résilience pour les populations affectées
Malgré la poussière des gravats et la perte des biens de toute une vie, l’espoir demeure le maître-mot de cette mobilisation. S’adressant directement aux familles installées sur le départ à la gare routière, Coeurtiss le Griot a partagé des paroles de réconfort et de dignité, rappelant que la reconstruction personnelle reste possible lorsque la communauté fait preuve de fraternité. « Tant qu’il y a la vie, il y a de l’espoir pour recommencer une vie meilleure », a-t-il conclu, laissant derrière lui un exemple inspirant d’engagement citoyen.


