Le président pakistanais Asif Ali Zardari a placé le Khyber Pakhtunkhwa sous état d’urgence et suspendu son gouvernement provincial.
L’état d’urgence au Pakistan a été proclamé dimanche 11 octobre 2026 dans la province du Khyber Pakhtunkhwa. Le président Asif Ali Zardari a également suspendu le gouvernement provincial dirigé par le parti de l’ancien Premier ministre emprisonné Imran Khan.
Cette décision place temporairement la province sous l’autorité directe du gouverneur. Elle intervient dans un contexte marqué par les attaques armées, les tensions politiques et les mobilisations réclamant la libération d’Imran Khan.
Le gouvernement fédéral justifie cette mesure par la dégradation de la sécurité. Le parti Pakistan Tehreek-e-Insaf, ou PTI, dénonce en revanche une décision destinée à affaiblir son principal bastion politique.
État d’urgence au Pakistan : une province placée sous tutelle
Le Khyber Pakhtunkhwa se trouve dans le nord-ouest du Pakistan, le long de la frontière avec l’Afghanistan. Cette province compte environ 40 millions d’habitants.
Elle était dirigée par le PTI, la formation politique d’Imran Khan. Son gouvernement provincial a été suspendu immédiatement après la proclamation présidentielle.
L’état d’urgence au Pakistan transfère une partie importante des pouvoirs provinciaux au gouvernement fédéral. Le gouverneur, représentant d’Islamabad, prend désormais la direction des affaires locales.
Le chef du gouvernement provincial, les ministres, les conseillers et plusieurs responsables ont perdu leurs fonctions. Un conseil consultatif de 11 membres doit assister le gouverneur.
Selon les autorités fédérales, ce dispositif pourrait rester en vigueur pendant six mois. Sa durée dépendra cependant de l’évolution politique et sécuritaire.
Les articles 232 et 234 de la Constitution invoqués
La présidence a invoqué les articles 232 et 234 de la Constitution pakistanaise. Ces dispositions permettent au pouvoir fédéral d’intervenir dans une province en cas de grave crise.
L’article 232 concerne notamment les situations menaçant la sécurité du Pakistan. L’article 234 peut être utilisé lorsque les institutions provinciales ne fonctionnent plus conformément à la Constitution.
Le gouvernement affirme que ces conditions sont réunies dans le Khyber Pakhtunkhwa. Il accuse les responsables provinciaux d’avoir négligé leurs obligations sécuritaires.
Le ministre pakistanais de la Justice, Azam Nazeer Tarar, a confirmé la mesure lors d’une conférence de presse. L’annonce officielle est également disponible sur Radio Pakistan.
Toutefois, l’opposition conteste l’interprétation du gouvernement. Elle estime que les dispositions constitutionnelles sont utilisées pour régler un conflit politique.
Pourquoi l’état d’urgence au Pakistan a-t-il été proclamé ?
Le gouvernement fédéral évoque une progression des violences liées aux groupes armés. La province est régulièrement frappée par des attentats et des attaques contre les forces de sécurité.
Islamabad accuse également le gouvernement provincial d’avoir insuffisamment coopéré avec les opérations antiterroristes.
Le ministre de l’Intérieur, Mohsin Naqvi, affirme que les dirigeants provinciaux ont consacré davantage d’énergie à la libération d’Imran Khan qu’à la lutte contre les groupes armés.
Le ministre de la Justice soutient, pour sa part, que les violences militantes ont fortement augmenté ces dernières années. Ce chiffre est présenté par le gouvernement et reste contesté politiquement.
Les autorités estiment donc que l’état d’urgence au Pakistan était nécessaire pour rétablir la coordination sécuritaire.
Le PTI répond que le pouvoir central n’a pas fourni les ressources nécessaires à la province. Le parti accuse également Islamabad d’exagérer les difficultés sécuritaires pour justifier la suspension.
Le parti d’Imran Khan directement touché
Le Khyber Pakhtunkhwa représente le principal bastion du PTI. Le parti y dispose d’une importante base électorale depuis plusieurs années.
La suspension du gouvernement provincial prive donc Imran Khan de son dernier grand centre de pouvoir institutionnel.
Ancien Premier ministre et ancien capitaine de l’équipe nationale de cricket, Imran Khan reste très populaire auprès d’une partie de la population.
Il est emprisonné depuis 2023 dans le cadre de plusieurs affaires judiciaires. Ses partisans considèrent ces poursuites comme politiquement motivées.
Les autorités pakistanaises rejettent cette accusation. Elles affirment que les dossiers judiciaires sont traités par les institutions compétentes.
L’état d’urgence au Pakistan renforce néanmoins l’affrontement entre le PTI et le gouvernement du Premier ministre Shehbaz Sharif.
Une décision annoncée avant une marche vers Islamabad
La proclamation intervient avant une marche annoncée par les partisans d’Imran Khan vers Islamabad. Les manifestants entendent réclamer sa libération et dénoncer ses conditions de détention.
Le chef du gouvernement provincial suspendu, Sohail Afridi, soutenait cette mobilisation. Le gouvernement fédéral craignait une nouvelle confrontation dans la capitale.
Selon l’Associated Press, aucun grand rassemblement n’avait immédiatement été signalé après la suspension.
Les forces de sécurité ont toutefois renforcé leur présence dans plusieurs zones sensibles. Les accès à Islamabad pourraient faire l’objet de contrôles supplémentaires.
Une mobilisation massive du PTI augmenterait les risques d’affrontements. Elle pourrait également provoquer de nouvelles arrestations et des restrictions des communications.
Le PTI dénonce un « coup d’État déguisé »
Le parti d’Imran Khan rejette catégoriquement la décision présidentielle. Il qualifie la suspension de son gouvernement provincial de « coup d’État déguisé ».
Selon le PTI, l’état d’urgence au Pakistan vise surtout à éliminer un adversaire politique. Le parti considère que le choix des électeurs du Khyber Pakhtunkhwa n’est plus respecté.
Des responsables de l’opposition pourraient engager des recours devant les juridictions pakistanaises. La constitutionnalité de la décision risque donc d’être contestée.
Le gouvernement fédéral affirme, au contraire, que la mesure est conforme à la Constitution. Il promet que l’administration de la province continuera de fonctionner.
Cette opposition de lecture montre que la crise ne concerne pas uniquement la sécurité. Elle touche également l’équilibre entre le pouvoir central et les provinces.
État d’urgence au Pakistan : quels pouvoirs pour le gouverneur ?
Pendant cette période, le gouverneur Faisal Karim Kundi doit exercer les principales responsabilités exécutives de la province.
Son conseil consultatif l’aidera à gérer les questions administratives, financières et sécuritaires. Les décisions provinciales seront davantage contrôlées par Islamabad.
Les pouvoirs législatifs pourraient également être transférés ou exercés sous la supervision fédérale. Les modalités exactes dépendront des textes d’application.
Les autorités annoncent comme priorité le renforcement des opérations contre les groupes armés. Elles souhaitent améliorer la coordination entre la police, l’armée et les services de renseignement.
Cependant, l’état d’urgence au Pakistan pourrait aussi avoir des conséquences sur les libertés publiques. Les rassemblements, les déplacements ou les activités politiques pourraient être davantage encadrés.
Les organisations de défense des droits humains suivront donc l’application des mesures annoncées.
Le Khyber Pakhtunkhwa confronté à une menace armée persistante
La province partage une longue frontière avec l’Afghanistan. Son relief montagneux et ses zones frontalières compliquent les opérations de sécurité.
Le Tehreek-e-Taliban Pakistan, également appelé TTP, mène régulièrement des attaques dans la région. Ce groupe est distinct des talibans afghans, même s’il partage certaines références idéologiques.
Les forces de sécurité, les responsables locaux et les civils sont fréquemment visés. La lutte contre le TTP constitue donc un enjeu majeur pour Islamabad.
Cependant, les opérations militaires sont également contestées par certaines communautés. Des habitants dénoncent les déplacements, les pertes civiles et les conséquences économiques des combats.
Le gouvernement devra donc combiner les opérations sécuritaires avec la protection des populations. Une réponse exclusivement militaire pourrait alimenter de nouvelles tensions.
Une crise aux conséquences nationales
La suspension du gouvernement provincial pourrait fragiliser davantage le système politique pakistanais.
Le pays connaît déjà une forte polarisation entre les partisans d’Imran Khan, le gouvernement fédéral et l’armée. Cette situation affecte également l’économie et la confiance envers les institutions.
Si les manifestations s’intensifient, le gouvernement pourrait durcir les mesures de sécurité. À l’inverse, une négociation politique pourrait permettre de réduire les tensions.
Les prochaines décisions judiciaires concernant Imran Khan seront également importantes. Toute évolution de sa situation pourrait provoquer de nouvelles mobilisations.
L’état d’urgence au Pakistan sera donc observé bien au-delà du Khyber Pakhtunkhwa. Il pourrait modifier durablement le rapport de force entre le PTI et le gouvernement fédéral.
Cette crise s’ajoute aux nombreux bouleversements internationaux suivis par le site. Retrouvez également notre article consacré au naufrage de migrants à Djibouti ayant fait au moins 139 morts.
Info Côte d’Ivoire continuera de suivre la situation politique, sécuritaire et institutionnelle au Pakistan.


