L'ex-adjoint au maire de Koumassi, Alloui Brou Jacques, fait l'objet d'une traque active ordonnée par le parquet d'Abidjan suite aux démolitions du quartier Campement.
Le ministère de la Justice de Côte d’Ivoire a franchi un cap décisif dans l’affaire des démolitions massives qui ont secoué le district d’Abidjan. Le procureur de la République a officiellement ordonné la traque de l’ancien adjoint au maire de la commune de Koumassi, Alloui Brou Jacques. Soupçonné d’être le principal instigateur ou le facilitateur d’une opération d’expulsion forcée ayant jeté des dizaines de familles à la rue, l’ex-élu local s’est soustrait aux convocations des enquêteurs. Face à ce refus de coopérer, l’appareil judiciaire ivoirien a déployé d’importants moyens pour localiser et appréhender le suspect. Ce dossier met en lumière les dérives liées au foncier urbain et la fermeté affichée par les autorités contre l’impunité.
Le réveil brutal d’un quartier populaire
L’affaire prend sa source dans les gravats encore fumants du sous-quartier « Campement », une zone résidentielle dense de Koumassi. En l’espace de quelques heures, des pelleteuses escortées par des individus armés ont procédé à la destruction systématique de plusieurs habitations. L’opération, menée sans préavis suffisant selon les résidents, a surpris les occupants en plein sommeil ou à l’aube. Des pères de famille, des femmes et des enfants ont assisté, impuissants, à l’effondrement de leur cadre de vie. Les pertes matérielles s’élèvent à plusieurs dizaines de millions de francs CFA, sans compter le traumatisme psychologique des sinistrés, privés de toit du jour au lendemain.
Très vite, la colère de la population locale a attiré l’attention des organisations de défense des droits de l’homme et du gouvernement. La légitimité juridique de cette intervention a immédiatement soulevé de profonds doutes, aucune décision de justice définitive n’ayant été brandie par les exécutants sur le terrain. Face au tollé humanitaire et social, la chancellerie a ordonné l’ouverture immédiate d’une enquête judiciaire pour faire toute la lumière sur la chaîne de commandement de ce saccage programmé.
Alloui Brou Jacques au centre des accusations
Les premières investigations de la police criminelle et du parquet ont rapidement convergé vers une figure politique bien connue de la municipalité : Alloui Brou Jacques. Ancien adjoint au maire, l’homme disposait d’une influence considérable sur la gestion foncière et l’urbanisme au sein de la circonscription. Des témoignages concordants ainsi que des documents administratifs saisis laissent penser qu’il aurait outrepassé ses prérogatives pour valider, voire orchestrer, l’envoi des engins de chantier sur le site de Campement.
Les motivations de cette destruction massive restent au cœur des interrogations des enquêteurs. Conflit d’intérêts, spéculation foncière ou litige privé déguisé en opération d’utilité publique ? Le parquet cherche à déterminer si l’ex-élu a agi pour son propre compte ou pour des intérêts tiers. Convoqué à plusieurs reprises dans les locaux de la police pour s’expliquer sur son implication présumée, Alloui Brou Jacques a brillé par son absence, choisissant la politique de la chaise vide avant de disparaître des radars, ce qui a déclenché l’émission d’un mandat de recherche actif.
La fermeté du Ministère de la Justice face aux abus
L’annonce officielle du Ministère de la Justice marque une volonté claire de rompre avec les pratiques de passe-droits souvent dénoncées dans les litiges fonciers en Côte d’Ivoire. En qualifiant publiquement la situation et en confirmant la traque de l’ex-adjoint au maire, le gouvernement envoie un signal fort : nul n’est au-dessus des lois, quel que soit son statut politique passé ou présent. Le parquet d’Abidjan a mobilisé différentes unités de sécurité pour quadriller les points de chute potentiels du suspect, tant à Abidjan qu’à l’intérieur du pays.
Sur le terrain de Koumassi Campement, les collectifs de victimes s’organisent et saluent cette avancée de la procédure, tout en restant prudents. Pour les sinistrés, la capture d’Alloui Brou Jacques n’est que la première étape d’un long processus qui doit impérativement mener à un procès public, à la reconnaissance de leurs préjudices et, surtout, à une indemnisation à la hauteur des pertes subies. L’opinion publique suit désormais de très près l’évolution de cette cavale, qui met à l’épreuve l’efficacité de la machine judiciaire ivoirienne face aux abus de pouvoir.


