
Par la rédaction d’Info Côte d’Ivoire
Abidjan – Le cinéma ivoirien possède ses figures éternelles, de celles dont le simple souvenir arrache un sourire nostalgique ou une larme d’émotion. Rosine Zouzouo, que l’Afrique entière pleure et célèbre sous le pseudonyme de « Marie-Laure », fait partie de ce panthéon. Quinze ans après sa disparition tragique, son talent naturel, son humour décapant et sa présence magnétique continuent de bercer les téléspectateurs, faisant d’elle une icône absolue de la culture ivoirienne.
Résumé en 3 points clés:
Une icône de « Ma Famille » : Rosine Zouzouo a conquis le cœur de millions d'Africains grâce à son rôle mythique de domestique aux côtés de Michel Gohou.
Le reflet d'une corporation : Son personnage s'inscrit dans la lignée des servantes incontournables de la série, qui ont donné au feuilleton toute sa saveur populaire.
Un héritage et des réformes : Sa fin de vie difficile a mis en lumière la précarité des artistes, poussant l'État et le BURIDA à instaurer de vrais boucliers sociaux.
L’avènement d’une reine de l’humour et de l’authenticité.
C’est au début des années 2000 que le destin de Rosine Zouzouo bascule. Intégrée au → casting de la série culte Ma Famille (2002- 2007), elle donne vie au personnage de Marie- Laure, la servante intrépide et pleine de répartie évoluant dans l’entourage du légendaire Gohou Michel. Avec un charisme unique et une authenticité rare, elle transcende un rôle traditionnellement secondaire pour en faire l’un des piliers comiques de la série la plus populaire d’Afrique francophone.
Son succès dans Ma Famille lui ouvre les portes d’une décennie dorée où elle enchaîne les productions majeures du cinéma populaire ivoirien. Les téléspectateurs se souviennent encore de ses performances magistrales dans Mon Ingrate de Femme (2008), Invités Surprises (2008), ou encore Lago le Terrible (2009). À chaque apparition, Rosine imposait sa signature: un mélange de candeur, d’audace et une capacité inégalée à faire rire les familles ivoiriennes.
Les « servantes » de Ma Famille : Uber piliers de la satire sociale
Le rôle de Marie-Laure n’était pas isolé. Dans l’univers créé par Akissi Delta, les personnages de maison incarnaient la voix du peuple et les gardiens des secrets des foyers abidjanais. Rosine Zouzouo partageait cette lourde tâche avec d’autres actrices mémorables du
Cléclé : La servante explosive et espionne en chef, dont les répliques cinglantes faisaient trembler les maîtres de maison.
Amande : Complice de toujours des combines de quartier, apportant une fraîcheur comique indissociable du succès de la série.
Decothey (dans ses dynamiques de cour) : Qui croisait régulièrement le fer avec ces domestiques devenues de de véritables vedettes de l’écran.

Ensemble, elles ont transformé ces rôles subalternes en figures centrales de la satire sociale africaine, prouvant qu’il n’y a pas de petits rôles pour les grands artistes.
La maladie et l’électrochoc de la précarité
Derrière les projecteurs et les rires enregistrés, la réalité s’avère malheureusement bien plus sombre. Atteinte d’une longue et éprouvante maladie, Rosine Zouzouo entame un douloureux chemin de croix. Admise au Centre Hospitalier Universitaire (CHU) de Treichville à Abidjan, elle livre son ultime combat. Le 23 octobre 2011, la triste nouvelle tombe : Marie- Laure a tiré sa révérence, laissant le monde culturel sous le choc de sa disparition prématurée dans un dénuement difficile

Ce drame a agi comme un violent électroc en Côte d’Ivoire. Le décès de Marie-Laure, à l’instar de celui d’autres grands noms de sa génération, a mis en lumière la vulnérabilité sociale des comédiens ivoiriens, souvent dépourvus de couverture médicale de base malgré leur immense célébrité.
Vers un statut de l’artiste: la réponse politique et sociale
Afin que le sacrifice de Rosine Zouzouo et de ses pairs ne soit pas vain, le paysage culturel ivoirien a profondément muté ces dernières années sous l’impulsion du Ministère de la Culture et de la Francophonie:
Vers un statut de l’artiste: la réponse politique et sociale
Afin que le sacrifice de Rosine Zouzouo et de ses pairs ne soit pas vain, le paysage culturel ivoirien a profondément muté ces dernières années sous l’impulsion du Ministère de la Culture et de la Francophonie:
1. Le décret sur le Statut de l’Artiste:
Promulgué pour sortir les créateurs de l’informel, ce cadre juridique permet désormais aux comédiens de bénéficier d’une reconnaissance professionnelle, de contrats types et d’une sécurité sociale obligatoire.
3. Le Fonds d’Action Sociale:
Le Fonds d’Action Sociale du BURIDA intervient désormais activement pour soutenir financièrement les créateurs du pays malades ou en situation de détresse extrême. BURIDA – Accueil
Le Budget d’appui 2026 : L’enveloppe allouée au Fonds de Soutien à la Culture et à la Création Artistique (FSCCA) a atteint 12,6 milliards de FCFA pour l’année 2026 afin de pérenniser ces filets de sécurité.
Rosine Zouzouo n’a peut-être pas connu ces réformes de son vivant, mais son héritage reste gravé à jamais dans la mémoire collective. Elle a reçu le plus beau des trophées : l’amour éternel du public africain. Le rideau est tombé, mais son éclat continue d’illuminer le cinéma ivoirien.
Pour Info Côte d’Ivoire, honorer la mémoire de nos étoiles reste un devoir sacré.


